Apocalypse #13b Le Règne de 1000 ans– chapitre 20

Prédication de Pierre Constant, 2022_04_05, église AB Lausanne-Renens

titre: Apocalypse #13b Le Règne de 1000 ans– chapitre 20 , (écoutez/visualiser ci-dessus).

Résumé : Tout au long de nos rencontres, nous avons signalé que les chrétiens évangéliques diffèrent d’opinion quant à l’interprétation de l’Apocalypse. Nous avions brièvement esquissé quatre approches interprétatives à ce dernier livre de la Bible, de même qu’à la littérature apocalyptique biblique en général (les livres de Daniel, de Zacharie, et certaines sections des livres d’Ésaïe et d’Ézékiel). Ces quatre approches interprétatives sont : l’approche prétériste, l’approche historique, l’approche futuriste, et l’approche idéaliste.

Le règne de 1 000 ans– Apocalypse 20


Introduction


Tout au long de nos rencontres, nous avons signalé que les chrétiens évangéliques diffèrent d’opinion quant à
l’interprétation de l’Apocalypse. Nous avions brièvement

esquissé quatre approches interprétatives à ce dernier
livre de la Bible, de même qu’à la littérature apocalyptique biblique en général (les livres de Daniel, de Zacharie,
et certaines sections des livres d’Ésaïe et d’Ézékiel). Ces quatre approches interprétatives sont : l’approche
prétériste, l’approche historique, l’approche futuriste, et l’approche idéaliste.
Ces divergences d’approches ont donné lieu à diverses écoles de pensée à propos de la prophétie en général
dans la Bible, des écoles qui tentent de structurer l’ensemble de la révélation biblique selon divers schémas
temporels ou chronologiques. Tous s’entendent pour parler d’un mouvement général allant de la création à la
nouvelle création, mais diffèrent dans la manière de subdiviser l’histoire de la relation de Dieu avec son peuple.
De manière à mieux saisir les enjeux dans l’interprétation d’Apocalypse 20 , il sera utile de présenter, même si
c’est sommairement, ces grandes écoles, dont les noms se rapportent principalement à leur relation entre le
retour de Jésus et le règne de 1 000 ans (le « millénium ») dont il est question dans Apoc 20.1-10 .


A. Un survol des écoles de pensée à propos de l’eschatologie
Avant même de distinguer les diverses écoles de pensée, il convient de citer en entier certaines mises en garde
écrites par Frédéric Buhler il y a déjà plus de cinquante ans :
Aucune vue prophétique n’est entièrement à l’abri d’objections. Aucune ne s’accorde d’une manière
parfaite avec tous les textes bibliques. On pourrait même croire qu’il y a une intention providentielle
dans l’imprécision de certains enseignements. Si certains événements futurs sont bien attestés par les
Écritures (retour corporel et glorieux de Christ, résurrection des morts, enlèvement des croyants
ressuscités ou transformés, jugement final, destruction de la terre avec les oeuvres qu’elle renferme,
apparition d’une nouvelle terre et de nouveaux cieux où la justice habitera), la succession des
événements ne nous est pas donnée avec assez de précisions pour nous permettre d’établir un
programme détaillé et rigide. On constate d’ailleurs parmi les tenants de chaque thèse une variété de
nuances.1
Ceci dit, on distingue grosso modo quatre écoles de pensée à ce sujet :
1 F. Bulher, Retour de Christ et millénium. Schémas des principaux systèmes prophétiques (Mulhouse : Centre de
culture chrétienne, [1976]), 7 (c’est nous qui soulignons).

Le prémillénarisme dispensationaliste :


• Cette école a existé sous différentes formes, mais comme système complet, elle a réellement débuté
vers 1830. Popularisé par James Nelson Darby et C. I. Scofield (notes dans la « Bible Scofield » de 1905).
Très répandu chez les « Darbystes » (frères chrétiens), très populaire au vingtième siècle
• Noms qui y sont associés : James Nelson Darby, C. I. Scofield, Lewis S. Chafer, Charles Feinberg, John
Walwoord, J. D. Pentecost, René Pache, André Lamorte, Charles Ryrie, Darrell L. Bock
• Thèse selon laquelle le règne de 1 000 ans (souvent compris de manière littérale) se situe après le retour
de Jésus-Christ, un règne où le Royaume de Dieu est réinstauré sur terre après une période de « grande
tribulation »
• Le système le plus détaillé, le plus distinct
• Sous-ensemble du pré-millénarisme, qui divise l’histoire en plusieurs « dispensations » (souvent au
nombre de sept), chacune se terminant par l’échec humain et un jugement de Dieu :
o Innocence : de la création, en Éden, jusqu’à la rupture (expulsion hors du jardin)
o Conscience / liberté : de la rupture jusqu’au déluge
o Gouvernement : du déluge à la tour de Babel
o Pèlerinage / promesse : du déluge jusqu’à la promulgation de la Loi (ou encore, de Sodome
jusqu’au Sinaï)
o Loi / Israël : du Sinaï jusqu’au Calvaire
o Église / grâce : du Calvaire jusqu’à l’enlèvement de l’Église
o Royaume : du millénium jusqu’au grand trône blanc
• Cette école possède les mérites suivants :
o A le mérite d’être très structurée, séquentielle,
o Souligne la spécificité et la nouveauté dans le passage de l’AT vers le NT
o Fait appel à l’interprétation littérale des Écritures
• On lui reproche cependant les éléments suivants :
o On ne trouve ce système nulle part en un seul endroit (chaque élément est interprété en
fonction du système, mais le système en tant que tel ne se trouve nulle part)
o Les divisions en dispensations sont aléatoires ou à l’excès
o Il a tendance à compliquer et à multiplier les choses : deux retours de Jésus (pour les saints et
avec les saints), trois jugements (des saints avant et après la tribulation, et à la fin du millénium),
quatre résurrections (des saints, à la fin de la tribulation, à la fin du millénium, et des rebelles
après le millénium)
o Interpréter l’Église ou la Nouvelle Alliance comme une parenthèse dans le plan de Dieu, un plan
B suite au rejet de Jésus de la part des Juifs. En fait, selon Galates 3 –4 et Romains 9 –11, s’il
existe une parenthèse, elle est plutôt à situer du côté de la Loi, et non du côté de la Nouvelle
Alliance. . . Toute l’épître aux Hébreux s’efforce de présenter la Nouvelle Alliance, inaugurée par
la venue de Christ, comme l’accomplissement des promesses de l’AT, et non comme une
parenthèse avant la venue du royaume.
o De reconstruire le mur entre les Juifs et les païens, renversé par l’oeuvre de Christ
o De présenter l’oeuvre de Christ et l’Église comme non annoncées par les prophètes
o De préférer un royaume juif terrestre, avec la restauration du culte lévitique (retour des
sacrifices, reconstruction du temple)
o D’adopter une interprétation littérale, matérialiste des prophéties de l’AT en contradiction avec
plusieurs passages du NT

Le pré-millénarisme historique (pour le distinguer du pré-millénarisme dispensationaliste) :


• Existait avant le dispensationalisme (d’où le nom « historique »)
• Enseigne que Jésus revient avant le règne de 1 000 ans (ce dernier n’étant pas nécessairement
interprété de manière littérale)
• Quelques noms associés : George Eldon Ladd, Andrew Bonar, Charles H. Spurgeon, Francis Schaffer,
Jules-Marcel Nicole, Ruben Saillens
• Quoique moins structuré que le dispensationalisme (il ne souffre pas des divisions aléatoires en
dispensations), il distingue deux résurrections (croyants avant le règne de 1 000 ans, rebelles à la fin)
• On lui reproche les éléments suivants :
o D’interpréter certaines prophéties de l’AT de manière littérale
o De maintenir l’existence de deux peuples de Dieu (quoique ceci n’existe pas chez tous les prémillénaristes)
o D’insérer un intervalle de 1 000 ans là où Daniel 12.2 et 2 Pierre 3 semblent faire coïncider des
événements (une seule résurrection dans Daniel, la destruction du monde suivant
immédiatement le retour de Jésus en 2 Pierre 3 )
• Mais il possède les mérites suivants :
o Il ne tombe pas dans ce qui est perçu comme des excès de la part des dispensationnalistes
o Il prend au sérieux une interprétation plus littérale (ou du moins, moins symbolique)
d’Apocalypse 20
o Il souligne les difficultés a-millénaristes dans leur interprétation d’Apocalypse 20 (que nous
verrons plus loin)
o Lui aussi souligne la spécificité et la nouveauté dans le passage de l’AT vers le NT

Le post-millénarisme


• Modèle selon lequel le millénium s’attache graduellement à l’ère de l’Église qui, par son influence,
amène le royaume de Dieu et conduit vers le retour de Christ, ouvrant ainsi la porte à l’éternité. Le
millénium coïncide ainsi, selon cette approche, avec la dernière partie de l’histoire de l’Église.
• Très populaire à la fin du 19e siècle parmi plusieurs théologiens protestants et même catholiques:
Charles Hodge, A. H. Strong, B. B. Warfield, Pierre Prigent
• Présente une vision très optimiste de l’histoire de l’Église qui, par son influence positive, ouvre la voie au
royaume de Dieu
• On lui reproche :
o Une vision utopiste de l’histoire et de l’influence de l’Église
o De concevoir le royaume de Christ sans la présence de son roi
o De confondre le millénium avec la dernière phase de l’histoire de l’Église2
• Deux guerres mondiales ont considérablement refroidi les ardeurs de voir notre monde comme allant en
s’améliorant (ce qui semblait évident à la fin du 19e siècle)

L’a-millénarisme


• Le « a » est privatif. Cette école ne conçoit pas le millénium comme une réalité terrestre séparée,
détachée de l’ère de l’Église, pendant laquelle Jésus règne physiquement sur terre
• Selon cette école, le millénium se confond avec toute la période de l’Église (donc, elle se distingue ici du
post-millénarisme). Le royaume est plutôt d’ordre spirituel, où Jésus règne sur les siens, et règne aussi
sur notre monde, « bien que nous ne voyions pas maintenant « que toutes choses lui soient soumises »
(Héb 2.8 )
• L’a-millénarisme interprète les prophéties de l’AT comme s’accomplissant en très grande majorité
métaphoriquement (ou typologiquement) dans l’Église, et non littéralement dans un règne futur d’Israël
de retour dans son pays
• Cette école possède les avantages suivants :
o Elle base son approche à l’interprétation des prophéties de l’AT principalement sur la manière
dont le NT cite l’AT
o Elle souligne ainsi la grande continuité entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance
o Elle prend mieux en compte le genre littéraire de l’Apocalypse, et ne tente pas nécessairement
d’interpréter les textes de manière littérale
• Elle fait cependant face à certaines critiques :
o Elle tend à « spiritualiser » certains textes où une interprétation littérale semble préférable
o Elle ne laisse pas de place spéciale à la nation d’Israël dans le déroulement futur du plan de Dieu
o Son interprétation d’Apocalypse 20 est loin de faire l’unanimité
• Bien qu’elle prenne mieux en compte le genre littéraire de l’Apocalypse, nous devrons analyser plus en
détail Apocalypse 20 afin de déterminer si cette interprétation fait justice au texte
Les différences entre ces écoles d’interprétation ne sauraient cependant servir de critère pour s’associer ou se
dissocier d’autres gens qui sont réellement des frères et soeurs en Jésus-Christ. Elles n’ont ainsi pas de place
dans un crédo d’Église, pas plus que dans un crédo d’une école théologique, même si chaque Église ou chaque
école a ses « couleurs » théologiques.
Rappelons-nous aussi qu’adopter une attitude responsable face à l’eschatologie, c’est d’abord veiller, être prêt,
ne pas s’assoupir spirituellement. C’est aussi grandir en sainteté (1 Jean 3.2-3 ) : l’eschatologie ne devrait pas être
un sujet de division, mais une motivation à la sanctification. C’est enfin un sain regard vers l’avenir, où tous les
enfants de Dieu peuvent espérer la venue des nouveaux cieux et d’une nouvelle terre, où la justice habitera (2 Pi
3.11) : attendre le retour de Jésus-Christ, c’est l’espérance de notre future régénération, et non un motif de
séparation.
2 Buhler, Retour de Christ, 13.


B. Survol d’Apocalypse 20


On peut diviser ce chapitre en quatre sections :

Satan lié pour 1 000 ans (20.1-3)
Si nous lisons ce texte sans y importer tout un système eschatologique, ce texte met l’accent sur une chose : le
fait que Satan est lié pour 1 000 ans, après quoi il faut qu’il soit délié pour un peu de temps. D’une certaine
manière, ce texte est beaucoup moins important que les deux prochains (Apocalypse 21 –22), car notre
espérance chrétienne n’est pas dans un règne de 1 000 ans, ni dans le fait que Satan soit lié, mais notre
espérance chrétienne se porte plutôt vers la Nouvelle Jérusalem, vers les nouveaux cieux et la nouvelle terre, la
présence éternelle de Dieu.
On divise souvent les interprétations de ce passage en deux camps :
a. Comprendre ce texte de manière littérale (ou quasi-littérale) (dispensationalisme)
• « 1 000 ans » désignent une véritable période littérale de 1 000 ans
• Satan est totalement empêché d’opérer
b. Comprendre ce texte de manière symbolique ou métaphorique (a-millénarisme)
• 1 000 ans sont compris de manière métaphorique, renvoyant au temps entre la première et la deuxième
venue de Jésus
• Satan est ralenti, empêché de séduire les enfants de Dieu
c. Mais d’autres interprétations sont possibles, notamment (pré-millénarisme historique)
• Les « 1 000 ans » peuvent renvoyer à une période de temps indéterminée
• Satan est totalement empêché d’opérer


Comment s’y retrouver ?


Tout d’abord, soulignons que les nombres sont souvent à interpréter de manière symbolique dans la littérature
apocalyptique, et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Quoiqu’il ne soit pas impossible qu’il s’agisse d’une
période de 1 000 ans au sens littéral, la chose est peu probable.
Ce qui est important, cependant, c’est le point central de ces versets : le fait que Satan soit lié et enfermé. Bien
que plusieurs tentent d’interpréter ce texte à partir de plusieurs textes ailleurs dans le NT, nous devons plutôt
nous demander comment l’Apocalypse de Jean présente l’oeuvre du diable. L’ensemble de l’Apocalypse
présente-elle Satan comme étant lié ?
• À la lecture des textes tels qu’Apocalypse 12 , où le diable / le dragon , irrité, va faire la guerre au reste
de la descendance de la femme, ou Apocalypse 13 , où le diable a comme alliées deux bêtes (la brutalité
des empires, la séduction des faux prophètes), ou encore Apocalypse 17 où la bête paraît pour un
temps, disparaît, reparaît de nouveau, il semble que le diable possède encore beaucoup de liberté
d’action qui fasse contraste avec la situation décrite en Apoc 20.1-3 .
Apocalypse 20 décrit une période de temps où le diable est mis en échec pour une longue période, mais
qu’il reparaîtra à la fin. L’école a-millénariste interprète cette fin comme la « grande tribulation, »
évoquée précédemment dans l’Apocalypse. Mais cette école a encore plus de difficulté à soutenir son
interprétation des vv. 4-8 que nous verrons plus loin.
Encore une fois, notons le point central de ces versets : Satan est emprisonné dans l’abîme qui est fermé et
scellé au-dessus de lui, afin de ne plus séduire les nations, après quoi il sera relâché pour un peu de temps.
Pourquoi cet intervalle dans le déroulement du plan de Dieu ? Le texte ne le dit pas, mais nous pouvons avancer
une ou deux raisons, avec prudence :
• Dieu va user de patience, une nouvelle fois, envers le monde. Si les saints demandent justice à Dieu (cf.
Apoc 6.9-11 ), Dieu semble prêt à user de patience (cf. 2 Pi 3.9)
• Peut-être Dieu agit-il ainsi pour démontrer sa justice (ce que nous appelons la légitimation de Dieu, pour
donner raison à sa justice). Souvent, les gens déclarent : « Si nous vivions dans un monde parfait, si nous
n’étions pas corrompus par la société, l’être humain démontrerait sa véritable bonté. » La réalité semble
tout autre : même avec un gouvernement parfait, même en l’absence de Satan et de ses sbires, les êtres
humains vont quand même choisir de se rebeller contre Dieu !
• Notre problème fondamental ne se situe donc pas au plan de l’éducation, ou au plan de structures
sociales. Notre problème fondamental comme être humain est le fait de vouloir déterminer nousmêmes
ce qui est bien ou mal, et inévitablement, nous choisissons de nous élever au rang même de
Dieu. Dans nos tentatives de singer Dieu, nous nous retrouvons avec une vulgaire grimace. Rien au
monde ne peut changer notre nature fondamentale, si ce n’est le sang de l’Agneau.

Le règne de 1 000 ans (20.4-6)


Jean décrit des personnes comme les décapités ou les égorgés, à cause du témoignage de Jésus et de la parole
de Dieu (deux éléments régulièrement mentionnés ensemble dans l’Apocalypse).
a. Qui sont ces gens ?
• Seulement les martyrs ? Si oui, alors seulement ce genre de martyrs (que faire des écartelés, des noyés,
etc. ?
• Ils sont définis par la suite : ceux qui ne s’étaient pas prosternés devant la bête ni devant son image, qui
n’avaient pas reçu la marque de la bête sur le front ou sur la main. Nous avons déjà indiqué que ces
expressions désignaient tous les membres du peuple de Dieu. Ils sont décrits ailleurs comme des vierges,
les rachetés d’entre les hommes, les 144 000, ceux qui ont reçu le sceau de Dieu, et ainsi de suite.
• Il ne s’agit donc pas seulement de ceux qui ont été martyrisés pendant la soi-disant « grande tribulation, »
mais de tous les membres du peuple de Dieu.
• Ce sont ceux-là qui ont part à la première résurrection, sur qui la seconde mort (le jugement éternel) n’a
pas de pouvoir.
• Ils sont aussi les sacrificateurs de Dieu et de Christ, une expression à rapprocher d’Apoc 1.5 b-6.
b. Que font ces gens ?
• Selon le v. 4, ils « reviennent à la vie. » L’expression grecque peut porter à confusion.
o Selon l’interprétation a-millénariste, on devrait simplement traduire « et ils vécurent, » une
expression à comprendre au sens spirituel, en rapport avec leur conversion.
o La question est à savoir de quelle vie il s’agit : la vie éternelle, ou la résurrection d’entre les
morts?
• Le verbe employé est le verbe « vivre » (e;zwsan, du verbe za,w). C’est toujours le contexte qui indique de
quel genre de vie il s’agit. Le v. 5 précise qu’il s’agit de la première résurrection (avna,stasij), un terme
employé régulièrement en référence à la résurrection d’entre les morts. Les tenants de l’a-millénarisme
prétendent que le verbe au v. 4 doit s’entendre au sens symbolique de la vie éternelle, de la conversion.
Le problème soulevé par cette interprétation est le fait que ce même verbe est celui-là même employé
en Apoc 2.8  » Voici ce que dit le premier et le dernier, celui qui était mort et qui est revenu à la vie » ; ou
encore en Rom 14.9 : « Christ est mort, et il est revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des
vivants. » Cette interprétation du verbe à l’effet qu’il s’agit de la vie éternelle et non de la résurrection
des morts, semble plus provenir du système que du texte lui-même. Personnellement, elle ne me
convainc pas. Je crois qu’il s’agit d’une véritable résurrection. surtout à la lumière de ce que Jean affirme
au v. 5.
c. Que signifient les 1 000 ans ?
• Plusieurs dispensationalistes l’entendent au sens littéral.
• Mais selon ce que nous avons vu jusqu’ici, ce chiffre est vraisemblablement à prendre au sens figuré. Il
désigne ici une longue période de temps.
d. De quel genre de règne est-il question ?
• Le texte est étonnamment muet à ce sujet ! Il n’est précisé nulle part que ce règne soit sur la terre
(quoique cela ne soit pas impossible), à Jérusalem, avec un temple reconstruit. Un règne avec Christ au
ciel est tout à fait possible, mais on ne peut le prouver, ni par ce texte, ni par d’autres textes.
• nous avons ici en fait le pendant positif de ce qui est indiqué au négatif aux vv. 1-3 : alors que Satan est
lié pendant 1 000 ans, les saints qui ont part à la première résurrection règnent avec Christ pendant ces
mêmes 1 000 ans.
Gardons-nous de faire entrer ici toute une série de supposées prédictions de l’AT (souvent interprétées de façon
littérale). Souvenons-nous aussi que plusieurs promesses de l’AT à propos du règne de Dieu sur son peuple se
sont déjà accomplies lors du retour de l’exil, et que ces accomplissements doivent nous servir de grille
herméneutique pour comprendre comment nous devons interpréter ces promesses. Il ne suffira pas de dire que
ces promesses doivent s’interpréter au sens littéral, alors que les textes bibliques pointent régulièrement dans
une autre direction, souvent symbolique. C’est l’ensemble de l’AT et du NT qui doit nous servir de grille
interprétative quant à la manière de comprendre ces promesses de l’AT, et non la présupposition selon laquelle
ces textes doivent être interprétés de manière littérale. Affirmer le contraire, c’est aller à l’encontre de la très
grande majorité des Écritures.

La bataille finale (20.7-10)


À la fin des 1 000 ans, Satan est relâché, pour séduire les nations aux quatre coins de la terre, Gog et Magog,
pour faire la guerre au « camp des saints » et à « la ville bien-aimée » (v. 9).
a. Qui sont ces rois ?
• Dans Ézékiel 38 , Gog est un roi, et Magog est son territoire, un territoire se situant en Assyrie. Plusieurs
interprètent ce passage comme renvoyant à une invasion d’Israël à partir de cette région (Iran ou Irak
d’aujourd’hui), à la venue des rois de l’Orient et se soldant avec la bataille d’Harmaguédon (cf. Apoc
16.12-16). Précisons cependant qu’Apoc 16.14 renvoie à des rois « de toute la terre, » et qu’Apoc 20.8
parle des nations qui sont aux quatre coins de la terre, et non seulement en Orient. Tenter de les
identifier à la Russie, à l’Iran, ou au Pakistan relève plus de la fabulation que d’une saine exégèse. . .
• Ces deux noms, Gog et Magog, semblent simplement employés de manière métaphorique pour désigner
les rois de la terre.
b. Qui attaquent-ils ?
• Jean indique qu’ils montent à la surface de la terre (s’agit-il simplement de démons, rappelant les
sauterelles de la cinquième trompette – Apoc 9.1-11 ?).
• Ils investissent « le camp des saints » de même que « la ville bien-aimée. » S’agit-il de Jérusalem ? La « ville »
dans l’Apocalypse réfère parfois au peuple de Dieu (un symbole que nous avons déjà noté dans 4
Esdras).
• Ce qui semble plus important, c’est l’issue de la bataille : dans un langage évoquant un épisode du
ministère du prophète Élie (cf. 2 Rois 1.10-12 ), le feu descend du ciel, les dévore, alors que le diable luimême
est jeté dans l’étang de feu et de soufre, où se trouvent déjà la bête et le faux prophètes (cf.
19.20), et ils sont tourmentés éternellement (cf. 14.11).

Le grand trône blanc (20.11-15)


C’est ici la seconde mort, mentionnée précédemment au v. 6 : « la seconde mort n’a pas de pouvoir sur eux. »
Le jugement dont il est question est certainement le dernier jugement :
• Tous les êtres vivants doivent rendre des comptes
• La terre et le ciel s’enfuient devant sa face, c.-à-d., l’univers entier disparaît, laissant place aux nouveaux
cieux et à la nouvelle terre (qui seront évoqués au chapitre 21)
• Le « livre de vie » est vraisemblablement le livre dans lequel sont consignés les noms de tous ceux qui
appartiennent à l’Agneau. Les Psaumes mentionnent un « livre de vie » (Pss 56.9 , 69.29), de même que
l’épître aux Philippiens (« dont les noms sont dans le livre de vie » – Phil 4.3 ). Cette expression apparaît à
six reprises dans l’Apocalypse (3.5, 13.8, 17.8, 20.15 [à deux reprises], et 21.27), plus que partout ailleurs
dans la Bible.
Les morts sont jugés « selon les oeuvres » :
• Jean a déjà noté, à maintes reprises, que la victoire, la prêtrise, ont été acquises par le sang de l’Agneau.
• Être jugé selon ses oeuvres, c’est recevoir en fonction de ce que l’on mérite. L’Apocalypse répète encore
et encore que les habitants de la terre ne se repentent pas de leurs oeuvres, et que même après un long
règne de Christ, ils se rebellent de nouveau.
• Loin donc d’enseigner un salut par les oeuvres, ce passage enseigne plutôt la perdition de tous en
réponse à leurs oeuvres mauvaises (cf. Jean 3.17-19 ).


Conclusion


Le livre de l’Apocalypse n’a pas été écrit dans le but de faire peur, mais de réconforter le peuple de Dieu.
Toutefois, ce réconfort n’est pas offert en cachant la réalité du jugement dernier, en balayant sous le tapis la
justice de Dieu et la nécessité de rendre des comptes à notre Créateur.
Cependant, lorsque l’Apocalypse – et même Jésus – parle du jugement, ce n’est jamais de manière morbide,
comme si Dieu se plaisait à faire souffrir les méchants. Elle enseigne que c’est précisément pour nous épargner
la mort éternelle que le Seigneur Jésus s’est offert, lui, l’Agneau immolé dès la fondation du monde.
Si Dieu a décidé de créer le monde à l’origine, il savait déjà que cette création se ferait au prix de la mort de son
Fils. Et c’est à ce prix qu’il nous a créés, qu’il nous a aimés, qu’il nous a rachetés, et qu’il nous aura glorifiés.
Notre salut dépend de lui du début à la fin.

Versets Clefs et Passage Biblique

Apocalypse 20 / Bible Segond21

1. Puis je vis un ange descendre du ciel. Il tenait à la main la clé de l'abîme et une grande chaîne.
2. Il s'empara du dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, l'enchaîna pour 1000 ans
3. et le jeta dans l'abîme. Il ferma et scella l'entrée au-dessus de lui afin qu'il n'égare plus les nations, jusqu'à ce que les 1000 ans soient passés. Après cela, il faut qu'il soit relâché pour un peu de temps.
4. Ensuite je vis des trônes, et ceux qui s'y assirent reçurent le pouvoir de juger. Je vis aussi l'âme de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la parole de Dieu, tous ceux qui n'avaient pas adoré la bête ni son image et qui n'avaient pas reçu sa marque sur le front ni sur la main. Ils revinrent à la vie et ils régnèrent avec Christ pendant 1000 ans.
5. [Les autres morts ne revinrent pas à la vie avant que les 1000 ans soient passés.] C'est la première résurrection.
6. Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! La seconde mort n'a pas de pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et de Christ et ils régneront avec lui pendant 1000 ans.
7. Quand les 1000 ans seront passés, Satan sera relâché de sa prison
8. et il sortira pour égarer les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; elles sont aussi nombreuses que le sable de la mer.
9. Ils montèrent sur toute la surface de la terre et ils encerclèrent le camp des saints et la ville bien-aimée. Mais un feu [venu de Dieu] descendit du ciel et les dévora.
10. Le diable, qui les égarait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre où sont la bête et le prétendu prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles.
11. Je vis alors un grand trône blanc et celui qui y était assis. La terre et le ciel s'enfuirent loin de lui et l'on ne trouva plus de place pour eux.
12. Je vis les morts, les grands et les petits, debout devant le trône. Des livres furent ouverts. Un autre livre fut aussi ouvert: le livre de vie. Les morts furent jugés conformément à leurs oeuvres, d'après ce qui était écrit dans ces livres.
13. La mer rendit les morts qu'elle contenait, la mort et le séjour des morts rendirent aussi leurs morts, et chacun fut jugé conformément à sa manière d'agir.
14. Puis la mort et le séjour des morts furent jetés dans l'étang de feu. L'étang de feu, c'est la seconde mort.
15. Tous ceux qui ne furent pas trouvés inscrits dans le livre de vie furent jetés dans l'étang de feu.

Liens Connexes

Étude Biblique Apocalypse ; Le Fil Rouge de la Bible ; Playlist Apocalypse YouTube ; étude biblique-Groupes de Maison (Lausanne,Prilly Renens) ; Série de prédications Apocalypse de l’église AB-Vevey;