Le Dieu prodigue

Le Dieu prodigue

prédication Évangile selon Luc 15 : Gilles Vuillème, 2023_08_13, église AB Lausanne : infos/plan du culte

titre : Le Dieu prodigue

Résumé : J’aimerais commencer par vous poser une question mais avant de vous interroger, voici tout d’abord une petite histoire. Il y a maintenant 10 bonnes années, j’avais une discussion avec mon meilleur ami que vous connaissez probablement, Joël Hirschy. Il a été pasteur de l’Action Biblique de Meinier et est maintenant en Valais dans un projet missionnaire. Ce qui animait notre discussion était la notion de la grâce. Nous trouvions qu’il y avait un risque potentiel concernant la grâce d’en faire un usage inapproprié et de pouvoir justifier de commettre des péchés car en finalité, Dieu nous pardonnait. Nous en étions arrivés à la conclusion qu’il était préférable d’être plus légaliste que sous cette grâce avec cette peur de vivre comme l’a très bien rappelé Dietrich Bonhöffer, dans son livre « vivre en disciple », la grâce à bon marché. Alors je vous pose la question : d’après-vous, quelle est la meilleure position à adopter ? Être plutôt enclin à poser des règles de morales strictes ou vivre sous une grâce qui nous permet en finalité de vivre comme nous l’entendons ?

Le Dieu prodigue

Introduction

J’aimerais commencer par vous poser une question mais avant de vous interroger, voici tout d’abord une petite histoire. Il y a maintenant 10 bonnes années, j’avais une discussion avec mon meilleur ami que vous connaissez probablement, Joël Hirschy. Il a été pasteur de l’Action Biblique de Meinier et est maintenant en Valais dans un projet missionnaire. Ce qui animait notre discussion était la notion de la grâce. Nous trouvions qu’il y avait un risque potentiel concernant la grâce d’en faire un usage inapproprié et de pouvoir justifier de commettre des péchés car en finalité, Dieu nous pardonnait. Nous en étions arrivés à la conclusion qu’il était préférable d’être plus légaliste que sous cette grâce avec cette peur de vivre comme l’a très bien rappelé Dietrich Bonhöffer, dans son livre « vivre en disciple », la grâce à bon marché. Alors je vous pose la question : d’après-vous, quelle est la meilleure position à adopter ? Être plutôt enclin à poser des règles de morales strictes ou vivre sous une grâce qui nous permet en finalité de vivre comme nous l’entendons ?

 Pour répondre à cette question, je vous invite à lire le chapitre 15 de l’évangile de Luc, mais avant cela je vous invite à la prière.

Luc 15

Tous les collecteurs d’impôts et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’écouter. 2 Mais les pharisiens et les spécialistes de la loi murmuraient, disant: «Cet homme accueille des pécheurs et mange avec eux.»
3 Alors il leur dit cette parabole: 4 «Si l’un de vous a 100 brebis et qu’il en perde une, ne laisse-t-il pas les 99 autres dans le désert pour aller à la recherche de celle qui est perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve? 5 Lorsqu’il l’a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules 6 et, de retour à la maison, il appelle ses amis et ses voisins et leur dit: ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis qui était perdue.’ 7 De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de changer d’attitude. 
8 »Ou bien, si une femme a 10 pièces d’argent et qu’elle en perde une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve? 9 Lorsqu’elle l’a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines et dit: ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce que j’avais perdue.’ 10 De même, je vous le dis, il y a de la joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent.» 
11 Il dit encore: «Un homme avait deux fils. 12 Le plus jeune dit à son père: ‘Mon père, donne-moi la part de l’héritage qui doit me revenir.’ Le père leur partagea alors ses biens. 13 Peu de jours après, le plus jeune fils ramassa tout et partit pour un pays éloigné, où il gaspilla sa fortune en vivant dans la débauche. 14 Alors qu’il avait tout dépensé, une importante famine survint dans ce pays et il commença à se trouver dans le besoin. 15 Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. 16 Il aurait bien voulu se nourrir des caroubes que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait. 17 Il se mit à réfléchir et se dit: ‘Combien d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance et moi, ici, je meurs de faim!18 Je vais retourner vers mon père et je lui dirai: Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, 19 je ne suis plus digne d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ 
20 »Il se leva et alla vers son père. Alors qu’il était encore loin, son père le vit et fut rempli de compassion, il courut se jeter à son cou et l’embrassa. 21 Le fils lui dit: ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ 22 Mais le père dit à ses serviteurs: ‘Apportez [vite] le plus beau vêtement et mettez-le-lui; passez-lui un anneau au doigt et mettez-lui des sandales aux pieds. 23 Amenez le veau qu’on a engraissé et tuez-le! Mangeons et réjouissons-nous, 24 car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à faire la fête.
25 »Or le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. 26 Il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait. 27 Le serviteur lui dit: ‘Ton frère est de retour et ton père a tué le veau engraissé parce qu’il l’a retrouvé en bonne santé.’ 28 Le fils aîné se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit le supplier d’entrer, 29 mais il répondit à son père: ‘Voilà tant d’années que je suis à ton service sans jamais désobéir à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis. 30 Mais quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé tes biens avec des prostituées, pour lui tu as tué le veau engraissé!’ 31 ‘Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi et tout ce que j’ai est à toi, 32 mais il fallait bien faire la fête et nous réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.’»

Le titre de la parabole 

Nous allons nous intéresser à la troisième parabole de Jésus, qui est généralement connue comme la parabole du fils prodigue. Or, ce titre ne me plait pas vraiment. Il n’est pas faux, mais il n’est pas juste non plus. C’est-à-dire qu’il nous pousse à mettre toute l’attention sur le fils cadet alors que ce n’était pas l’intention de Jésus, comme nous le verrons plus loin. Il y a d’autres titres qui me sembleraient plus appropriés. Nous aurions pu appeler cette parabole : Les deux fils perdus ou un homme avait deux fils, les mots avec lesquels Jésus commence son histoire. Personnellement, j’ai choisi le titre suivant : Le Dieu prodigue. Avec une question : Qu’est-ce que la grâce, véritablement ?

Rendons à César, ce qui est à César. Cette prédication a fortement été inspirée d’un auteur que j’apprécie énormément, en fait c’est même mon auteur préféré, désolé Titou, ce n’est pas toi (!), mais tu gardes malgré tout une place particulière dans mon cœur ! Je le trouve d’une grande pertinence dans ce qu’il écrit. Il se trouve qu’il a écrit un petit livre sur cette fameuse parabole. La lecture de ce livre m’a fait découvrir des facettes de cette histoire de Jésus que je n’avais jamais entendues nulle part et qui m’ont profondément touchées et remis en question. L’auteur dont je vous parle est Timothy Keller, qui a rejoint il y a quelques mois notre Seigneur et Sauveur, fondateur et ancien pasteur de l’église présbytérienne de Manhattan. L’ouvrage dont je vous parle porte le même nom que le titre de ma prédication. Le Dieu prodigue : Revenir au cœur de la foi chrétienne. Vous constaterez que je ne me suis pas trop cassé la tête pour trouver un tire à ma prédication. Mais si j’ai choisi ce titre c’est parce que je trouve qu’il met la bonne emphase sur la bonne personne.

Avant de continuer, je vous propose de faire un peu de français. En effet, je ne sais pas si vous savez ce que veut dire le terme « prodigue ». Personnellement, pendant longtemps je ne savais pas ce que voulait dire ce mot. La définition que nous donne le Larousse est la suivante : « qui dépense sans mesure, follement ». Il est vrai que le fils cadet a dilapidé son héritage de manière folle, mais nous verrons également qu’une autre personne a dépensé sans compter autre chose que de l’argent.

Contexte

Nous avons dans cette parabole trois personnages principaux. Comme Jésus l’indique au début de celle-ci : un père avait deux fils. Cette parabole est d’une très grande richesse et il y a tellement de choses à découvrir que nous pourrions y passer la journée. Donc j’espère que vous avez réservé votre dimanche car nous en aurons pour un moment… Trêve de plaisanterie, si vous êtes intéressés à pouvoir découvrir toutes les perles que recèle cette parabole, je vous invite fortement à lire le livre de Tim Keller « Le Dieu prodigue ». En ce qui nous concerne, nous ne pourrons pas nous intéresser à toutes les personnes de cette histoire et nous allons, au travers de cette prédication, nous arrêter particulièrement sur le fils aîné et le père.

Vous avez très certainement déjà entendu plusieurs prédications sur le fils prodigue. Et il est vrai qu’il est assez facile de s’identifier à ce dernier. Nous étions morts et nous voici revenus à la vie comme lui. Mais si je le laisse de côté, au-delà du fait que vous avez probablement déjà entendu de très bonnes prédications sur celui-ci, c’est que l’objectif de Jésus n’était pas de mettre l’emphase sur le petit frère. En fait, il serait même faux de penser que Jésus, par cette parabole, cherchait à persuader les personnes qui étaient dans la même situation spirituelle que le petit frère, de son amour inconditionnel. Jésus cherche plutôt à dévoiler nos préjugés, à remettre en question notre manière de penser sur Dieu, le péché et le salut. En fait, les deux frères représentent une manière différente d’être éloigné de Dieu et de chercher à être reçu dans le royaume de celui-ci.

Si nous avons lu l’entier du chapitre, c’est pour bien comprendre le contexte qui nous fournit des clés de lecture pour cette parabole. Je suis sûr qu’avec Patrice comme Berger de cette église, désolé pour le mauvais jeu de mot, qui de plus enseigne l’herméneutique, à l’IBG, c’est-à-dire la manière d’interpréter les textes bibliques et plus précisément les différents genres littéraires, vous êtes très certainement à bonne école pour savoir que le contexte est très important.

Le premier élément de ce contexte qui nous intéresse est celui des auditeurs de Jésus. Les premiers versets nous indiquent que le déclenchement des trois paraboles que Jésus va raconter est dû au murmure des pharisiens et des spécialistes de la loi. En bref, Jésus va leur répondre par ces trois paraboles, dont la dernière est le point culminant.

Nous comprenons rapidement que le petit frère correspond aux pécheurs et aux collecteurs d’impôts. Tout comme le petit frère a tourné le dos à la maison, ils ont tourné le dos à la morale traditionnelle. Le grand frère repésente les pharisiens et les spécialistes de la loi et c’est à eux qu’est destinée cette parabole. Jésus raconte cette histoire à cause de leur attitude car elle attire particulièrement l’attention sur l’âme du grand frère. Jésus veut montrer aux pharisiens et aux spécialistes de la loi leur aveuglement, leur étroitesse d’esprit, leur propre justice et la manière dont cela détruit leur âme et la vie de ceux qui les entourent.

Jésus veut démontrer qu’une personne religieuse n’est pas moins perdue spirituellement qu’un paria. Il utilise les deux frères pour mettre en évidence les deux voies principales utilisées par les hommes pour connaître le bonheur et l’épanouissement : le conformisme moral et l’épanouissement personnel.

Le père

Je vous l’ai dit, nous n’allons pas nous attarder sur la personne du petit frère ou fils cadet, mais pour comprendre et mieux saisir les réactions du père, il nous faut tout de même mettre en lumière certains points de ce personnage. Le premier fait choquant est la demande du fils cadet. Il demande sa part d’héritage. Il manque totalement de respect vis-à-vis de son père. Il n’aime pas se soumettre à l’autorité paternelle et cherche à s’en affranchir. Certains commentateurs vont jusqu’à dire que l’on peut comprendre par là qu’il souhaitait la mort de celui-ci.

La réaction du père est encore plus choquante que la demande du fils. En effet, pour un auditeur de l’époque, on peut s’attendre à ce que le père le remette à sa place ou, au vu de l’affront et l’humiliation qu’il subit, le bannisse tout simplement. Mais ce n’est pas ce que fait le père. Il partage ses biens. C’est un père qui ne veut pas garder ses enfants jalousement à la maison, il les veut libres : libres de s’en aller…, pour être libres de revenir…  À cet époque, lors du partage des biens du « pater familias », le chef de famille, l’ainé avait droit aux deux-tiers. Il est intéressant de relever que le terme grec utilisé pour le mot « bien » est « bios » qui signifie aussi « vie ». Luc aurait pu utiliser des termes plus précis, mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

Pour partager ses biens qui se constituent essentiellement de terres et de bétails, le père est dans l’obligation de tout vendre ou, en tous cas, une partie, pour ensuite donner la part au fils cadet. Par le passé, l’identité était étroitement liée à un endroit. Pour comprendre cela, il suffit de voir le nom des gens (Saul de Tarse, Jésus de Nazareth, …). Revendre une partie de sa propriété revenait à vous prendre à la fois une partie de vous-mêmes et votre prestige social. En plus de subir la douleur du rejet de son fils cadet, le père subit patiemment une perte d’honneur énorme par amour pour son fils. La requête de son fils bouleverse la vie du père. L’amour de ce dernier le fait endurer cette situation, tout en maintenant son affection pour son fils.

Les auditeurs ne devaient pas en revenir et ils devaient très certainement se demander qui pouvait être pareil père. Le fils s’en va avec son héritage. Il dilapide tout. Lui qui cherchait la liberté et le plaisir, a trouvé l’esclavage. Intéressant, n’est-ce pas ? Quand on veut s’en sortir sans Dieu, l’esclavage nous pend souvent au bout du nez. Heureusement, la parabole ne s’arrête pas là et le fils prend conscience de ce qu’il a fait. Il échafaude un plan pour revenir.

Et c’est à ce moment qu’un nouveau coup d’éclat apparaît. Lorsque le fils revient auprès du père, celui-ci nous surprend fortement par sa manière d’agir envers son fils. Le père se met à courir. Ceci ne se faisait jamais à cet époque. Les femmes, les enfants pouvaient courir mais pas le pater familias, pas le chef de famille. Et pourtant, le père, prenant ses jambes à son cou, montre ouvertement ses émotions. Le père avait laissé son fils partir par amour et c’est cette même expression authentique de tendresse et d’amour qu’il éprouve pour son fils qui le pousse à courir à sa rencontre !

Mais la réaction inhabituelle du père ne s’arrête pas là. On peut s’attendre à ce que le père dise : « Promets-moi de ne pas recommencer » ou « je t’accueille, mais il faudra restituer ce que tu as pris » ou pire…

Lecture de Deutéronome 21.18-21 :

Supposons qu’un homme ait un fils désobéissant et rebelle, qui n’écoute ni son père ni sa mère et ne leur obéisse pas, même après qu’ils l’ont puni. 19 Le père et la mère le prendront et le conduiront vers les anciens de sa ville, à la porte de l’endroit qu’il habite. 20 Ils diront aux anciens de sa ville: ‘Voici notre fils qui est désobéissant et rebelle, qui ne nous écoute pas et qui se livre à des excès et à l’ivrognerie.’ 21 Tous les hommes de sa ville le lapideront, il sera puni de mort. 

Fin de la lecture.

Le père aurait pu ordonner la mise à mort de son fils pour ce qu’il a fait mais au lieu de cela, il ordonne à ses serviteurs d’habiller son fils, probablement avec l’une de ses tuniques, car c’était le chef de clan qui devait avoir les plus beaux habits. Et ceci constitue un signe irréfutable de réintégration dans la famille. Le père déclare implicitement : « Je ne vais pas attendre que tu aies payé ta dette. Je ne t’obligerai pas à ramper devant moi ! Tu ne devras pas mériter ton retour dans la famille. Je vais tout simplement te l’accorder. » À ceci s’ajoute ensuite la fête que le père organise pour le retour du fils qui était perdu et a été retrouvé.

Vous l’aurez compris, la figure du père représente Dieu. Cette figure paternelle nous enseigne que l’amour et le pardon de Dieu peuvent absoudre et restaurer les personnes, quels qu’aient été leurs péchés et leur fautes. Le fils cadet savait qu’il y avait du pain en abondance dans la maison du père. Il découvre maintenant qu’il y a de la grâce en abondance. L’amour du père peut pardonner et effacer les pires méfaits, et aucun péché n’est trop rebutant pour bénéficier de sa grâce.

Cette première partie de parabole nous démontre la prodigalité inouïe de la grâce divine. Jésus montre un père se précipitant vers son fils avant même que celui-ci n’ait eu le temps de purifier sa vie et de prouver qu’il avait changé, avant même qu’il n’ait pu réciter son discours de repentance.

Le fils aîné

La première partie de l’histoire de Jésus nous a montré que la grâce divine est gratuite et la deuxième partie nous révèle qu’elle a un coût. C’est le point culminant de l’histoire.

La réaction du frère ainé est intéressante. Il refuse d’entrer dans la fête et oblige son père à sortir. Ce qui est humiliant pour ce dernier et impoli de la part d’un maître de maison, lors d’une grande fête. Le fils est furieux du coût de la fête. Sa fureur le pousse à insulter davantage son père, en ne s’adressant pas de manière respectueuse envers lui. Il porte des accusations à l’encontre de son frère, qu’il ne considère d’ailleurs plus comme tel, probablement pour une part justifié mais sans doute aussi par médisance. Il parle de prostituées, mais jamais la parabole nous dit que le frère cadet est allé voir de telles personnes.

Le père aurait aussi pu répudier son fils aîné pour son comportement mais il fait à nouveau preuve d’une grande tendresse : « Mon fils, bien que tu m’aies insulté publiquement, je veux toujours que tu viennes à la fête. Je ne chasserai ni ton frère, ni toi. Je voudrais que tu ravales ton orgueil et que tu te joignes à nous. À toi de choisir. Veux-tu venir, oui ou non ? » C’est un appel d’une grande bonté.

Jésus s’arrête à ce moment-là alors que tous ses auditeurs sont suspendus à ses lèvres. Il fait cela car cette histoire, rappelez-vous est surtout destinée aux pharisiens. Ce sont eux les frères aînés. Il attend qu’ils réagissent. Ce n’est pas une intention polémique, mais au contraire pour leur demander indirectement s’ils ne doivent pas aussi se convertir afin d’entrer dans le Royaume de Dieu.

Deux fils perdus

Il est facile de pouvoir comprendre et s’identifier au jeune fils. Le père représente Dieu, comme nous l’avons vu. Le grand frère obéit scrupuleusement au Père donc par analogie aux commandements de Dieu. Il y a un mauvais fils et un bon. Mais tous les deux sont coupés du père. Il est obligé de sortir pour les inviter à la fête. Il y a deux fils perdus dans cette parabole…

Jésus démontre que nous pouvons nous révolter contre le Seigneur en transgressant Ses lois, mais aussi en les respectant scrupuleusement.

Par cette parabole, Jésus nous permet d’avoir une compréhension plus profonde du péché. La plupart des gens pensent que pécher c’est quand nous ne respectons pas les règles de conduite de Dieu. Mais Jésus va plus loin.

Laissez-moi vous lire une citation de Flannery O’Connor, écrivaine américaine et fervente catholique, tirée de son roman, où l’un de ses personnages, Hazel Motes dit la chose suivante : « Il y avait en lui une profonde, sombre, implicite conviction que pour éviter Jésus, il fallait éviter le péché. »

Nous sommes capables d’observer toutes les lois morales pour éviter d’avoir recours à Jésus comme Sauveur. De ce fait, nous estimons avoir des droits. Dieu doit nous bénir, Il doit exaucer nos prières. Il doit nous accorder une place au paradis. Nous n’avons pas besoin d’un Sauveur, nous nous sommes sauvés nous-mêmes. C’est l’attitude du frère aîné.

Le refus catégorique du frère aîné dévoile les intentions de son cœur. Il pense tout comme son frère que ce sont les richesses qui le rendront heureux et épanoui et pas l’amour paternel. Lui aussi n’aime pas se soumettre à l’autorité paternelle et veut pouvoir s’en affranchir.

Si comme le fils ainé, nous cherchons à influencer le Seigneur par notre obéissance, c’est que notre moralité n’est qu’un moyen de nous servir de lui pour l’amener à nous donner les biens terrestres que nous désirons.

Cette parabole nous démontre que le péché n’est pas seulement la transgression de lois mais aussi se mettre à la place de Dieu, seul Sauveur, Seigneur et Juge.

Il y a deux manières d’être notre propre Sauveur et Seigneur : transgresser toutes les règles morales et accomplir ses quatre volontés ou respecter toutes les règles morales et nous comporter à la perfection.

Petit aparté : attention !! Jésus en parlant du frère aîné n’est pas en train de dire qu’il y a des personnes qui sont sans faute. Il veut nous dire par cette histoire que nous ne devons pas uniquement nous concentrer sur les mauvais comportements.

Mais est-ce que Jésus voulait vraiment s’en arrêter là ? Prenons un peu de recul sur cette parabole en parcourant le chapitre en entier.

Jésus a raconté trois paraboles. La parabole de la brebis perdue, celle de la pièce perdue et notre parabole des fils perdus. Les similitudes sont frappantes. Quelque chose est perdu, celui qui avait perdu cette chose finit par la retrouver et l’on organise une grande fête, une fois retrouvé ce qui était perdu.

Mais la troisième parabole se démarque des deux autres de manière flagrante. Dans les deux premières, quelqu’un s’est mis en action pour trouver ce qui était perdu sans se laisser distraire ni arrêter par rien. Les auditeurs, au moment où ils découvrent la situation critique du fils perdu, s’attendent à ce que quelqu’un parte à sa recherche mais personne ne le fait. C’est frappant et Jésus voulait qu’il en soit ainsi…

En associant ces trois paraboles, Jésus veut que les auditeurs se demandent qui aurait dû aller chercher le fils perdu !?!

Le frère aîné aurait dû aller chercher son petit frère et ce, à ses frais !Car c’est uniquement avec l’argent de ce dernier que le plus jeune frère aurait pu rentrer. Le père ayant divisé sa propriété entre eux, avant le départ du cadet.  

La première partie de la parabole a montré le pardon paternel gratuit et la deuxième partie ce qu’il coûte. Le père ne peut pas simplement pardonner au jeune fils. Quelqu’un doit payer l’addition. La réintégration du jeune fils se fait en lésant l’aîné. C’est le seul moyen.

Jésus ne fait pas intervenir un vrai frère aîné qui serait prêt à payer n’importe quel prix pour chercher et sauver ce qui est perdu. Le frère aîné ici, c’est un pharisien.

Jésus, en plaçant un frère ainé indigne, invite à en imaginer un meilleur. Cette parabole insiste sur le fait que le pardon a toujours un prix, quelqu’un doit payer…

Notre véritable frère aîné a payé notre dette sur la croix, à notre place. Comment transformer notre cœur craintif et irritable en un cœur rempli d’amour, de joie et de reconnaissance ? Nous devons être émus à la pensée de ce qu’il en a coûté à notre Sauveur pour nous ramener à la maison. La différence entre un pharisien et un authentique croyant, c’est la motivation du cœur. Pour les pharisiens, Dieu est un patron exigeant et non un Père plein d’amour.

Jésus-Christ, qui détenait un pouvoir absolu sur le monde, a vu que nous étions esclaves de ce qui, d’après nous, aurait dû nous libérer. Il s’est donc dépouillé de Sa gloire pour devenir serviteur (Philippiens 2.7).

Quand nous contemplons l’œuvre de Jésus à la croix en notre faveur, notre cœur est attiré vers Lui. Nous prenons conscience que l’amour, la grandeur, la consolation et l’honneur que nous avons cherchés ailleurs se trouvent là. La beauté de ce sacrifice abolit aussi notre crainte.

Application personnelle

Alors qu’est-ce que tout cela peut impliquer pour nous aujourd’hui ? Posons-nous premièrement cette question : est-ce que je ne risque pas d’appartenir alternativement ou à la fois, aux deux catégories, en confessant devant Dieu que je suis un pécheur parce que j’en fais l’expérience, mais en jugeant durement la conduite des autres ?

Eh oui, il nous arrive malheureusement de vivre comme un petit ou un grand frère ! Nous identifier lorsque nous sommes dans la peau du petit frère est plus aisé mais réussir à savoir si nous avons une mentalité de grand frère est plus compliqué. Voici quatre signes d’une mentalité de frère ainé :

  1. Lorsque quelque chose ne va pas, nous ne sommes pas uniquement tristes, mais furieux et amers contre Dieu, comme le fils de la parabole. Dieu doit aplanir notre sentier. Quand même, je vais tous les dimanches à l’église, je prie tous les jours et lis ma bible quotidiennement. J’ai même invité cette personne que je ne supporte pas à prendre le café. Dieu doit me bénir et exaucer ma prière. Ou alors si nous avons transgressé une loi, nous sommes furieux contre nous et vivons une culpabilité d’une grande intensité.
  2. Le frère aîné éprouve une grande supériorité. Il base son image de soi sur son labeur acharné, sa moralité, son appartenance à une élite ou à son raffinement et son bon sens.
  3. Il vit une soumission dépourvue de joie et basée sur la peur. Les frères aînés défendent les normes éthiques et assument scrupuleusement leurs responsabilités, mais ils les perçoivent comme des corvées. S’ils mènent une vie droite, ce n’est pas par joie ou par amour mais par peur.
  4. Le dernier signe d’une mentalité d’un frère aîné est lié à l’incertitude quant à l’amour de Dieu. Aussi longtemps que nous essayons de gagner le salut en contrôlant Dieu par notre bonté, nous ne pouvons pas être sûrs d’être assez bons pour lui.

Alors, avez-vous passé le test ? Vous êtes diagnostiqués mentalité de frère aîné ? Plus sérieusement, nous devons vraiment comprendre que cette voie est tout aussi néfaste que celle du fils cadet. Cette mentalité détruit l’Eglise du Christ et n’a rien à voir avec l’Évangile que Jésus prêchait et vivait. Nous pouvons être des obstacles, voire des murs pour les petits frères, lorsque nous avons une mentalité de frère aîné.

Exemple statistique, jeune évangélique ayant couché avant le mariage (85%) —> création d’une génération de menteurs. Autre exemple : dans notre paroisse lorsqu’une paroissienne a critiqué le chapeau d’une personne qui venait d’arriver.

Mais alors comment faire pour lutter à la fois à la mentalité de petit et grand frère ? La réponse est à la fois simple et compliquée. C’est l’Évangile. Jésus le vrai grand frère nous a montré le chemin et nous l’a expliqué. Nous devons comprendre ce qu’est la véritable grâce de Dieu. Elle nous est gratuite mais elle a eu un coût énorme pour Lui.

Pour survivre, nous devons manger et boire régulièrement. Nous devons aussi faire cela avec l’Évangile de la grâce divine. Nous devons nous l’approprier personnellement, lui permettre de conditionner de plus en plus tout ce que nous voyons, pensons et sentons. C’est de cette façon que nous grandirons spirituellement en sagesse, en amour, en joie et en paix.

Mais si nous ne restons pas focus sur l’Évangile, alors nous aurons tendance à retourner à nos vieilles habitudes. Nous ne parviendrons à changer définitivement qu’en comprenant mieux l’Évangile avec notre intellect et notre cœur.

L’Evangile n’est pas l’ABC de la vie chrétienne, mais plutôt l’alpha et l’oméga.

Versets clefs

Évangile de Luc 15 / Bible Segond21



1. Tous les collecteurs d'impôts et les pécheurs s'approchaient de Jésus pour l'écouter.
2. Mais les pharisiens et les spécialistes de la loi murmuraient, disant: «Cet homme accueille des pécheurs et mange avec eux.»
3. Alors il leur dit cette parabole:
4. «Si l'un de vous a 100 brebis et qu'il en perde une, ne laisse-t-il pas les 99 autres dans le désert pour aller à la recherche de celle qui est perdue jusqu'à ce qu'il la retrouve?
5. Lorsqu'il l'a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules
6. et, de retour à la maison, il appelle ses amis et ses voisins et leur dit: 'Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue.'
7. De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de changer d'attitude.
8. »Ou bien, si une femme a 10 pièces d'argent et qu'elle en perde une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison et chercher avec soin jusqu'à ce qu'elle la retrouve?
9. Lorsqu'elle l'a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines et dit: 'Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la pièce que j'avais perdue.'
10. De même, je vous le dis, il y a de la joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent.»
11. Il dit encore: «Un homme avait deux fils.
12. Le plus jeune dit à son père: 'Mon père, donne-moi la part de l'héritage qui doit me revenir.' Le père leur partagea alors ses biens.
13. Peu de jours après, le plus jeune fils ramassa tout et partit pour un pays éloigné, où il gaspilla sa fortune en vivant dans la débauche.
14. Alors qu'il avait tout dépensé, une importante famine survint dans ce pays et il commença à se trouver dans le besoin.
15. Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les porcs.
16. Il aurait bien voulu se nourrir des caroubes que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait.
17. Il se mit à réfléchir et se dit: 'Combien d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance et moi, ici, je meurs de faim!
18. Je vais retourner vers mon père et je lui dirai: Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi,
19. je ne suis plus digne d'être appelé ton fils, traite-moi comme l'un de tes ouvriers.'
20. »Il se leva et alla vers son père. Alors qu'il était encore loin, son père le vit et fut rempli de compassion, il courut se jeter à son cou et l'embrassa.
21. Le fils lui dit: 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils.'
22. Mais le père dit à ses serviteurs: 'Apportez [vite] le plus beau vêtement et mettez-le-lui; passez-lui un anneau au doigt et mettez-lui des sandales aux pieds.
23. Amenez le veau qu'on a engraissé et tuez-le! Mangeons et réjouissons-nous,
24. car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.' Et ils commencèrent à faire la fête.
25. »Or le fils aîné était dans les champs. Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses.
26. Il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait.
27. Le serviteur lui dit: 'Ton frère est de retour et ton père a tué le veau engraissé parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé.'
28. Le fils aîné se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit le supplier d'entrer,
29. mais il répondit à son père: 'Voilà tant d'années que je suis à ton service sans jamais désobéir à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis.
30. Mais quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé tes biens avec des prostituées, pour lui tu as tué le veau engraissé!'
31. 'Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi et tout ce que j'ai est à toi,
32. mais il fallait bien faire la fête et nous réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.'»

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Prédication donnée à l’église Renens-Lausanne AB:

Rue du Lac 33B
1020 Renens
(Prilly,Lausanne Ouest)

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